17/01/2007

Histoire de l'Hôtel d'Alcantara

 

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La maison du Comte Eugène Goblet d'Alviella (1846-1929)

 

Les mystères de l'Hôtel d'Alcantara se lèvent

Suite à neuf ans de lutte pour sauver l'hôtel d'Alcantara, sa véritable histoire semble faire apparaître une justice divine ou intrinsèque, avec les esprits des anarchistes du 19ieme siècle qui volent au secours de Théo Van Rysselberghe, pour s’opposer aux esprits des chevaliers de l'ordre de l'Alcantara qui eux, se retournent dans leurs tombes depuis soixante ans.

Le Comte Eugène Goblet d’Alviella (1846-1925) était un ministre d’avant-garde en tous points, voilant ses "originalités" de lustre et faux-semblants pour se faire paraître humaniste.

Il décida de construire un temple franc-maçon néoclassique pour y faire revivre le sinistre ordre d’Alcantara fondé en 1156 par des moines portugais dans le but d’exterminer les Maures (les arabes) et dissolu en 1835, ce qui est significatif de sa réputation. Le Comte souhaitait y intégrer tous les symboles franc-maçon et faire usage d’une technique très utilisée durant la renaissance : les sgraffites qui inspireront la période art nouveau.

Octave Van Rysselberghe (1855-1929) était tout jeune architecte. Il revenait d’un voyage en Italie qui l’avait fort inspiré et dessina les plans de l’hôtel d’Alcantara dans un pur style néo-classique: un médaillon de Minerve, dessiné par Julien Dillens, surmonté d'une allégorie de Zeus et sa Cour, dont l'eau figure en tant qu'élément. Entre des colonnes, une jeune femme assise dans la position de la justice tient un fil de plomb à la main, pour représenter la rectitude de l'architecture.

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Minerve, Sgraffites

La porte intrigue par sa petite taille, proportions inhabituelles pour un monument de cette dimension. L’entrée simple et très ravissante menait à deux bureaux pour séparer vie publique et vie privée publique du Comte, à une petite salle à manger, à une cuisine et une buanderie d’apparences de la belle bourgeoisie. Il aimait l'art, voyageait dans des pays exotiques. Deux boudas, dont un qui tirait la langue, menaient à une cage d’escalier monumentale en pierre de France, avec deux nivaux de promenades entourées de colonnes et d’une alcôve en forme d’autel.

Au premier étage, le pied à terre du Comte, pour lui éviter la trentaine de kilomètres qui séparait la capitale de son agréable château de Court-Saint-Etienne. Une salle à manger disproportionnée, manifestement pour y recevoir les chevaliers de l’Alcantara, menait d’une part à un salon et un boudoir, d’autre part à une anti-chambre, puis une chambre à coucher et à un escalier dérobé, qui menait à un mystérieux deuxième étage de cinq pièces, qui ne figure pas dans les émoluments. La configuration des fenêtres et les moulures font apparaître qu’il n’y avait qu’une seule chambre de domestique, les quatre autres à destination inconnue.

Le temple fut érigé en 1882 et Octave s’y installa durant deux ans. Il était alors âgé de 27 ans, et avait un frère cadet âgé de 18 ans, Théo (1862-1926), qui deviendra le symbole du néo-impressionnisme et de l’anarchisme en Belgique. Ils étaient très proches et le resteront toutes leur vie, ce qui explique que deux ans plus tôt, alors que Théo avait fait  une année à l’académie de Gand, il vint terminer ses étude à l’Académie de Bruxelles, où il reçut l’enseignement du directeur, Jean-François Portaels. Il avait un immense talant et toutes les qualités pour plaire au Comte, qui n’aura trouvé que des avantages à lui confier les fresques et sgraffites de son temple. Tout présume donc que l’anarchiste en herbe ait été tenté par ces immenses espaces, pour jouer du pinceau et du burin dans le style académique qui lui était enseigné, et se faire de l'argent de poche.

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La rectitude de l'architecture

En 1884, Octave quitta la maison et Théo partait en voyage, suivant les traces de son maître de l'académie, pour découvrir la lumière de l’Espagne et du Maroc, ce qui illumina son art. Il rencontra les plus grands peintres de son époque, et les plus célèbres anarchistes aussi. Parmi eux, Ravachol, un compagnon dynamiteur emprisonné, suite à quoi, Théo accueillera de nombreux anarchistes qui fuyaient la répression française, "victimes de lois scélérates", disaient-ils et aidera financièrement ses enfants.

Quelques années plus tard, le temple était devenu trop petit, ce qui fait apparaître que la chevalerie de l’Alcantara avait eut un succès inattendu. Le Comte fit construire une aile à la maison et transformait sa chambre à coucher en une grande salle de réception, qui donnait sur l’escalier intérieure, menant au mystérieux deuxième étage. Il fit également construire une tourelle qui reliait la buanderie et la cuisine jusque là haut, comme s’il souhaitait éviter que ses invités ne doivent croiser les domestiques dans l’escalier dérobé.

Le Comte mourut à l’âge de 79 ans, en 1925 et fut enterré dans un des plus célèbre mausolée funéraire d’Europe, avec tous les signes franc-maçon qu’il chérissait, dont des croix gammées d’or.

On ignore ce qu’est devenu l’hôtel d’Alcantara durant les vingt année suivantes, mais il était mauvais état quand les héritiers décidèrent de le vendre. Les chevaliers de l’Alcantara durent se retourner dans leurs tombes, quand le temple fut acquit par la Comtesse d’Aspremont-Lynden, épouse en seconde noce de André de Hévézy, véritable humaniste, juif, historien d’art, qui se passionnait pour la reliure.

Les vitraux, vieux d'un soixantaine d'années, étaient pour la plus part brisés. Les sgraffites intérieurs étaient alors considérés comme du stuque de mauvais goût, surtout pour ses symboles franc-maçon qui en Belgique, contrairement à d’autres pays, symbolisaient l’anti-catholicisme par excellence, ce qui agaçait la Comtesse. Ils choisirent d’habiter le bel étage, et voulaient un grand appartement à la parisienne avec plusieurs chambres à coucher au même niveau.

L’étrange attribution de l’espace intérieure ne faisait que surprendre, posant des questions intrigantes, mais apparemment sans grande importance et pourtant, qui cachaient habilement les troubles penchants du comte : il n’y avait pas de salle de bain, mais une buanderie... étrange, si ce n’était que pour y laver quelques nappes par an.

La Comtesse et l'humaniste firent réaliser de gigantesques travaux, prolongeant l’aile afin de scinder la maison en quatre appartements distincts, dont un dans le grenier, pour y rajouter une colonne de salles de bains et une colonne de cuisines, un atelier de reliure et deux chambres à coucher supplémentaires. Comme ils prévoyaient de mettre en location trois des appartements, il fallut changer l’escalier, afin que les locataires puissent atteindre les étages supérieurs, sans passer par chez eux. 

L'hôtel d'Alcantara fut légué à la nièce de la Comtesse, la Princesse Monique de Croÿ-Solre, qui n’y vécu que neuf ans et y mourut à l'âge de 54 ans, en 1979. Le monument entrait dans le patrimoine de son mari et de ses quatre enfants, dont deux filles mineures.  La façade fut classée le 19 janvier 1995, le reste de la maison ne bénéficiant pas des mêmes privilèges, n’étant plus à son état original, sa véritable histoire enterrée avec les chevaliers de l'Alcantara.

Les jeunes princes choisirent d’autres biens pour laisser à chacune de leur sœurs une assurance vie : deux appartements, l'un pour vivre, l'autre dont la location leur permettait de manger. L'une choisit le rez-de-chaussée pour y fonder la première Baby School en Europe, l'autre choisit le mystérieux deuxième étage et le grenier, toutes deux avec l'idée d'un jour retrouver les sgraffites. Des travaux avaient fait apparaître un début de fresque, donc de peinture teintes dans le plâtre, un projet manifestement abandonné et la location ne pouvant permettre un changement de projet, elle fut recouverte pour respetcer le contrat de location, mais de manière à pouvoir la traiter ultérieurement.

La Princesse Eléonore décida de vendre son lot pour aller vivre à la campagne, un choix de vie pour ses enfants, et elle crut trouver des acheteurs qui aimaient la maison. C’est à croire que les chevaliers de l’Alcantara se vengeaient des princes, qui en plus d'amis juifs, ont des amis maures.

Un journaliste acquit l’ancien grenier devenu un loft. Le mystérieux deuxième étage fut acquit et revendu à l'avocat, ce qui devait annoncer l'aire spéculative. Ils décidèrent en un premier temps de construire une immense terrasse à l'américaine, donnant au toit de ce monument historique néo-classique, des allures de salles de bain en tek. Puis, plutôt que de retrouver les sgraffites grâce aux techniques modernes, ils voulaient les recouvrir de fibres de verre "contre les fissures", ce qui ruinerait à tout jamais l’espoir de les récupérer.

C’est au bout de neuf ans de lutte que fut découvert le passage du maître dans la maison, ce qui éveilla le souvenir de la fresque qui rappelle son coup de pinceau. Un trésor innestimable, qui fait apparaître que ceux dans les communs sont bien plus précieux, et que l'adminstrateur, l'avocat et le journaliste pensaient couvrir  de fibres de verre "contre les fissures".

A suivre:

Enquête sur la salle de bain des chevaliers de l'Alcantara


21:10 Écrit par Jacques dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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