10/12/2006

L'enfer est à votre porte

Image Hosted by ImageShack.us


Lettany, le manager

 
Revenant d’un W/E chez Louise, je dépassais Liège puis, en arrivant à Waremme, je me rendais tout à coup compte de ce qui clochait avec cet accident de voiture et dés mon retour. Pourquoi faire un aller-retour de Waremme/Liège/Waremme plutôt que de prendre directement le train Waremme à Bruxelles ? En connaissance des heures de départ et de retour, les enfants avaient été séquestrés durant sept heures. Quel était ce Groupe de Prières qui rassemblait une femme qui faisant du trafic d’enfants entre Bruxelles et Londres avec Oni, Mulongo et la gouvernante qui avaient caché aux parents que leurs enfants avaient été filmés battus pieds et poings liés ? J'envoyais un fax au père qui me téléphonait immédiatement.

Le lendemain, il venait me voir avec Mr et Mme Lettany, son manager et l’épouse de ce dernier. Je cru tomber à la renverse : le couple sort tout droit d’un bistrot d’ivrognes de la gare du midi. Lui est métisse et il a le visage abîmé comme ceux qui ont fait un séjour en prison et sa femme est le type de portugaise dont la racine des cheveux est noire et les pointes teintes en blonds qui s’étalent inégalement sur une immense poitrine. Quand je voyais le raffinement du docteur à côté de ces gens, je ne pu m’empêcher de me demander : Mais qu’est-ce qu’il fait avec une pareille racaille ?

- Quand j’ai vu votre fax, commence Mme Lettany, je me suis dites : Mais cette femme est complètement folle.

- Trop aimable. En attendant les faits sont très graves.

- Papa, est-ce que la gouvernante emmenait les enfants à la messe ? demande-t-elle

 - Non.

- Cette gouvernante est veuve d’un médecin, ami de Mulongo et ce dernier ami de Oni, qui sont dans un groupe de prière. C’est elle-même qui m’a dit être liée avec une femme qui faisait du trafic d’enfants.

- Mais je disais au docteur : cette femme est très bien ! reprend Mme Lettany.

- Elle n’est pas bien. Elle ment tout le temps et elle a frappé Richard devant moi. Si je n’ai jamais frappé Richard, il n’y a aucune raison qu’elle le fasse, surtout depuis qu’il est sage.

- Je l’ai renvoyé, dit le docteur. Un matin, elle s’est levée. Je lui ai dit de prendre ses affaires et de partir. Elle m’a demandé pourquoi et je lui ai répondu : parce que vous avez mauvais esprit. Cette femme a mauvais esprit. Avant, les enfants étaient tout le temps malades. Depuis qu’elle est partie ; ils ne sont plus malades. Je crois que ce médecin donnait des médicaments qui rendaient mes enfants malades car depuis que j’ai congédié la gouvernante, je ne le consulte plus et mes enfants ne sont plus jamais malades.

- Mais pourquoi a-t-elle fait ces choses, pourquoi ? demande Mme Lettani

- Pour l’argent.

- Est-ce que vous avez reçu les sept mille cinq cent euro de garantie ? me demande le docteur.

- Quoi, moi ? Jamais. J’ai signé des reçus pour toutes les sommes. Avez-vous demandé des reçus ?

- C’est ça le problème. Je n’ai jamais demandé de reçu.

 

Lettani fit un calcul rapide sur les sommes escroquées par Oni et arrivait à un montant de deux cent cinquante mille euro.

- Vous rendez-vous compte de la gravité de cet accident ? Personne à Waremme n’aura pu leur conseiller d’aller jusqu’à Liège et prendre un train pour Bruxelles puisque la ligne Bruxelles - Liège passe par Waremme.

- Les enfants disent qu'un ami de Oni les a emmené.

- Un ami tombé là, hasard, en plein Waremme sur les lieux de l’accident ?

- Il a pu lui téléphoner.

- Et il aurait pu lui demander de le ramener à Bruxelles plutôt que de passer sept heures sur les routes entre Waremme et Liège. On traverse la Belgique aller-retour en sept heures.

- J’ai cru devenir fou d’inquiétude.

- Vous rendez-vous compte qu’il était venu chercher les petits pour les emmener ?

- Les six enfants dans sa voiture ? Mais ce n’est pas possible !

- Vous voyez ? Et vous connaissez vos enfants : pas moyens de leur faire porter une ceinture de sécurité. Imaginez si les petits avaient été dans l’accident : ils auraient volés à travers les vitres et il y aurait eu des blessés graves. Et pourquoi cette gouvernante allait tous les jours rapporter tout ce qui était relatif aux enfants à Oni ?

- Comment est-ce que vous savez ça ? demande Madame Lettani.

- Parce qu’elle me l’a dit. Oui, Docteur. Elle m’a dit que Oni lui disait de ne pas vous déranger parce que vous étiez trop occupé, et qu’il se chargeait de vous communiquer les choses importantes.

- Comment ? dit l’homme outré. Elle a dit ça ?

- Elle allait jusqu’à venir lui rapporter les détails sur les coliques de vos enfants !

- Comment savez-vous ça ? redemande Madame Lettani interloquée.

- Parce qu’il se pointait une demi-heure après le départ des enfants pour me poser des questions à ce sujet. Et cette histoire de traffic d'enfants

- C’est quoi du trafic d’enfants ? demande le docteur.

- C’est quand on voyage illégalement avec des enfants qui ne sont pas les siens.

- Ce n’est pas bien grave…, dit-il en haussant les épaules.

- Sauf quand les enfants ont été enlevés.

 

Cette question m'étonnait, pourtant c'était ma réponse qui n'était pas assez précise, car pour l'homme, il n'y voyait qu'un ami ou membre de la famille qui voyageait avec des enfants, sans en avoir l'autorisation écrite des parents.

Le Docteur avait rencontré Lettany, lors de son voyage de prospection du commerce à Bruxelles. C’était au marché des abattoirs, le plus grand commerce de voiture de seconde main de la capitale de l’Europe, et là où se liquide la majorité des véhicules volés du pays, même les bicyclettes. Un marché qui a l’avantage de bénéficier de la condescendance de la police qui ferme les yeux sur les larcins de leurs protégés.

Il avait acheté à Lettany un camion de voitures et ignorant le fonctionnement européen, ce dernier  convint de l’aider gratuitement à les exporter au Nigeria. Un accord qui se termina naturellement autour d’un verre de bière chez le cafetier Dupo. Mais le nigérian ignorait aussi le fonctionnement de la TVA. Les taux étant différents dans chaque pays, la douane belge à rembourse la taxe, et l’exportateur de la paye au taux appliqué dans pays d’accueil. Ainsi, Lettany récupérait la TVA et demandait au Docteur de la payer la douane nigériane, se faisant ainsi un plantureux bénéfice.

Approvisionneur du gouvernement nigérian, il avait une clientèle énorme et achetait une vingtaine de voiture par semaine, ce qui dépassait ce que Lettany pouvait lui trouver. Ainsi, il l’aidait gratuitement pour toutes ces exportations, ce qui pour le Docteur était un signe de sainteté, sans imaginer qu’il se trouvait ainsi en mesure d’empocher les 21% de ses achats sur le millier de voitures exportées par an.

Le potentiel d’arnaques fit rapidement le tour de la mafia des abattoirs et le Docteur y rencontra indirectement tous ses avocats et comptables, sans imaginer dans quel milieu il se trouvait. Un an plus tard Dupo, chez qui se terminait chaque transaction, présenta le faux pasteur Oni, au vrai pasteur Adegboyega. Une grande joie pour cet homme qui rencontrait un compatriote dans les mêmes branches que les siennes : Dieu et le commerce.

Entre prières et discussion théologiques, Oni lui fit découvrir le marché immobilier belge, le plus bas de toutes les capitales européennes. La vie était douce dans cette ville magnifique où il fait bon vivre à si bon marché et où les gens étaient si gentils pour lui. La rencontre de ce chrétien qui lui garantissait de lui trouver du personnel chrétien, lui donna envie d’émigrer avec toute sa famille.

Lettany se distancia de suite, prétendant ne pas connaître Oni, qui est un homme dangereux et avec lequel il est préférable de s’accorder que de se battre. Le Docteur ne pouvait pas plus imaginer que dans un village, tel que la marché des abattoirs et un pays aussi minuscule que la Belgique, tous se connaissent, surtout quand ils sont dans la même branche.

Il s’averra que le couple Lettany avait reçu les enfants à leur sortie de l’avion, alors que le Docteur était à l’hôtel en l’attente de leur appartement. Ils les avaient battus, au point où leur fils était intervenu pour qu’ils arrêtent. Ils les avaient empoisonné avec un acide suffisamment puissant pour que leurs bouches soient brûlées. Ils avaient alors fait croire à leur parents que l’eau du robinet leur avait donné la turista, comme il arrive à la majorité des blancs qui ont l’imprudence de boire de l’eau du robinet en Afrique. C’est ainsi que les enfants avaient commencés à devenir fous, à en faire perdre la tête de leurs parents, ce qui avait l’avantage qu’ils ne puissent plus surveiller leurs affaires, d'où un accroissement du potentiel d'arnaques.

Quand à l’accident de voiture, les enfants témoignaient que deux policiers étaient intervenus, qu’Oni leur avait donné de l’argent, et qu’ils avaient payé celui qui avait foncé sur eux. Il avait alors appelé un de ses amis qui était venu et les avait conduit à travers les routes durant sept heures, avant de les déposer à la gare de Liège, arrivant ainsi chez eux tout contusionnés à près de minuit.

15:22 Écrit par Jacques dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.